par Céline Yadav
Comment avoir une politique municipale écologique, et pas seulement une ou deux mesurettes de façade mais non soutenues par un ambition ou une vision de lendemains soutenables ?
Par exemple, est-ce qu’offrir un arbre à planter à tous les malouins qui le souhaitent est une mesure écologique ? Bof… Alors c’est toujours mieux que de saborder le réseau de transport en commun de toute l’agglo, on est d’accord.
Offrir des arbres à planter à des particuliers pourquoi pas. Ce n’est pas en soi une mauvaise mesure et ce n’est en tous les cas pas une mesure néfaste, qui fait du mal. Mais ça veut dire que ces arbres sont offerts à des personnes qui ont un jardin. Déjà, on ne s’adresse manifestement pas à toute la population de Saint Malo. Quant au niveau de revenus ou de patrimoine des personnes visées, on est forcément un peu sélectif aussi. Il s’agit de la même municipalité à laquelle une école avait demandé le remplacement de pommiers « morts de vieillesse », et qui a répondu qu’elle ne s’opposait pas au remplacement mais ne le financerait pas. On voit bien que ça ne va pas.
L’école, elle, est ouverte à tous les enfants, y compris ceux, nombreux en ville, qui vivent en appartement et dont les parents n’ont sans doute pas demandé à ce que la municipalité leur « donne » un arbre à planter. Sur leur appui de fenêtre ?
Autre exemple : appeler les habitants et les touristes qui veulent se rendre à un événement Intramuros par exemple, à prendre les transports en commun plutôt que leur voiture, au moins depuis Paul Féval ou la gare, pareil, on ne peut rien avoir à redire là-dessus, sur le fond du message, on est d’accord, ça pourrait être parfait. Mais, quand on regarde l’ état actuel du réseau de transport en communs, que ce soient son organisation, sa capacité, la fréquence des navettes vers le parking relai etc… Quand on regarde tout cela, et quand on sait que ce réseau vient d’être modifié il y a à peine un an, tout ça pour arriver à ce résultat, par la même équipe que celle qui nous encourage à prendre le bus, on voit bien là encore que cela ne va pas.
Et on voit bien aussi que l’écologie demande de la cohérence, une vision plus globale des décisions municipales et communautaires à l’agglo. Une petite touche de peinture verte par ci, par là ce n’est pas ça l’écologie.
Quels sont les enjeux aujourd’hui ?
Ils sont nombreux : risques de submersion marine, pollution de l’air, de l’eau, des sols ; perte de biodiversité, manque d’eau, dérèglement climatique avec un réchauffement, mais aussi une augmentation des phénomènes climatiques extrêmes, en nombre et en intensité.
Aucun de ces enjeux ne concerne uniquement Saint-Malo, mais tous concernent Saint-Malo d’une manière ou d’une autre.
Concernant le réchauffement, Météo France prévoit une hausse des températures de 0,8 à 1,8 degrés en hiver et de 0,7 à 2,5 en été à Saint-Malo en 2050 par rapport à la période de référence de 1976 à 2005. « La température devrait augmenter d’un degré à chaque saison en moyenne. Cela signifie qu’il y aura davantage de jours de chaleur et moins de jours de gel. » nous explique Franck Baraer, climatologue. Dit comme ça, ce n’est pas forcément très parlant, mais si on regarde autour de nous que voit-on ? Moi, je passe à vélo tous les jours rue de l’Arabie pour aller au travail. En bas de la rue de l’Arabie, il y a quelques arbres qui fleurissent au printemps, normalement les arbres fleurissent au printemps. Cette année ils étaient fleuris dès novembre. Je parle de ces arbres-là parce que ce sont ceux qui m’ont le plus marquée, ce sont ceux de mon environnement proche mais je suis persuadée que chacune et chacun d’entre vous a déjà fait des constats de ce genre, notamment s’il y a des jardiniers parmi vous. Et s’il gèle après, en hiver… Oui, parce qu’en hiver, il peut geler normalement. Ces Fleurs et bourgeons vont geler et disparaître mais ne seront pas remplacés.
Concernant la ressource en eau : le nombre de jours secs va augmenter à chaque saison et notamment en été et en automne. Or il n’y a pas de nappes phréatiques à Saint-Malo donc la question de l’approvisionnement en eau, qui se pose déjà presque chaque été, et de plus en plus tôt d’année en année, va continuer à se poser. Que faire ? Nous devons réfléchir à des manières de mieux anticiper et prévenir ces pénuries. Si on gère comme on peut en dernière minute quand on est mis devant le fait accompli cela ne peut pas vraiment durer.
Vous le savez, je suis infirmière, alors je vais prendre l’image de la santé : si vous avez un problème de santé aigu, vous allez chez le médecin, ou à l’hôpital pour qu’il traite ce problème aigu. Mais si vous avez une bronchite, et que vous fumez, il faut aussi vous accompagner pour diminuer votre consommation, et idéalement arrêter le tabac. C’est la prévention. Sinon, le même problème, la même bronchite, va revenir encore et encore de manière aigüe. Et elle sera en réalité le symptôme d’un problème chronique non résolu.
C’est pourquoi Saint Malo mérite une écologie globale, transversale menée avec beaucoup de courage et de détermination. Une politique municipale qui prenne en compte le dérèglement climatique et ses réalités. Qui ne se contente pas de rendre notre ville plus résiliente aux aléas climatiques, mais qui vise à limiter son impact par tout un panel de mesures qui viseront les transports en commun, l’énergie, les logements, l’alimentation et l’agriculture.