Se loger à Saint-Malo : un problème secondaire ?

Un dossier très documenté et rigoureux de la revue Banc Public “Gentrification et ségrégation à Saint Malo” (novembre 2023) dressait un constat sévère sur la crise du logement à Saint Malo : en dix ans (2009-2019), à raison 500 logements créés par an, la ville a perdu des habitants. La raison: la plupart des logements créés sont des résidences secondaires/touristiques.

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« Le cas de Rocabey est , à cet égard, parfaitement éclairant : 553 logements construits entre 2009 et 2019 pour 152 habitants supplémentaires !

Et cette tendance s’est malheureusement accélérée après 2019. Les derniers chiffres de l’INSEE (données comparateur de territoires et analyses régionales 2022) indiquent que le nombre de résidences principales à Saint Malo a augmenté de +7% et celui des résidences secondaires de…+20%. A titre de comparaison, dans une ville éminemment touristique comme Paris, la hausse de la part des résidences secondaires/touristiques n’a augmenté que de +4%.

La question du logement n’est donc évidemment pas résolu à Saint Malo !

Pour information, vous trouverez ci dessous des extraits du dossier Gentrification et ségrégation à Saint Malo (novembre 2023)

“Maintenir la population à 47000 habitants, c’est l’objectif affiché et chiffré prévu par les élu.es pour conduire la politique d’aménagement à Saint-Malo dans les prochaines années. La ville est malade, elle perd des habitants. »

Simple, donc à notre portée

C’est sous le titre Stabilité démographique et production de logements que le diagnostic du projet urbain présenté aux élu.es affiche le besoin de création de 500 logements par an. Le calcul est simple, limpide, et fait le lien direct entre le nombre de constructions et le nombre d’habitants. Simple, donc à notre portée : il ne nous en fallait pas plus pour faire notre propre diagnostic.

Nous avons choisi d’observer la période 2009 à 2019 pour plusieurs raisons. La période couvre les cinq dernières années (sur 26) de mandat de René Couanau (adjoint de Gilles Lurton, maire actuel) et les 5 premières (sur 6) de Claude Renoult. Elle coïncide également avec la multiplication des dispositifs de défiscalisation du logement. Et, essentiel pour qui veut réaliser une analyse sur une période suffisamment longue, les documents de l’INSEE fournissant les données par quartiers IRIS consolidées sont disponibles.

Trois quartiers représentent 33% des logements supplémentaires

Entre 2009 et 2019, ce sont 4838 logements supplémentaires (483 par an) qui sont venus gonfler les chiffres de l’INSEE.

Durant cette période, tous les quartiers ont vu leur parc de logements augmenter, depuis Intra-Muros (+3%) au quartier de Paramé rural (+103% ) Pour obtenir un rythme de production à hauteur de 500 logements par an, des secteurs agricoles ou naturels ont été construits. C’est le cas pour Saint-Servan rural et Paramé rural et, dans une moindre mesure, Paramé sud. Ces quartiers concentrent 33% des logements supplémentaires.

Une partie du front de mer sera placé dans la position actuelle d’Intra-Muros

Des nouvelles constructions partout, mais, en revanche, la nature des logements est loin d’être homogène rien de comparable entre Paramé rural (+583 résidences principales soit +92%) et Intra-Muros (-213 unités soit -18%) A l’échelle de la ville, le phénomène le plus profond, la production de résidences secondaires, prend le pas sur celle des résidences principales dans 10 quartiers dont huit sur les neuf qui ont un accès direct à la mer.

Les conditions futures seront, quant à elles, plus draconiennes

Le quartier de Rocabey est une illustration de la relation construction – population. C’est le quartier dont le nombre d’appartements a augmenté le plus, 44%, soit 553 en 10 ans. En revanche, le gain de population n’y est que de 152 habitants. Le ratio est impressionnant : pour chaque habitant supplémentaire dans le quartier, il a fallu construire 3,6 logements. Précision : 286 appartements sont des résidences secondaires nouvelles.

Entre 2009 et 2019, si la ville a augmenté son parc de logements de 4838 unités, elle a perdu 243 habitants. Sur le plan foncier, les conditions futures seront plus draconiennes sur les espaces non urbanisés et dans les quartiers balnéaires Dans ces conditions, ceux qui subiront la modération foncière, par plus de densité, sont les quartiers Hôpital Gare, Rocabey, abords de la Découverte. Donc les plus modestes, les plus denses, ceux dont l’indice de pauvreté est le plus fort, ceux dont une grande partie de la population est captive du logement social et souvent contrainte au silence. »

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